Julio Llamazares · Littérature de voyage
El río del olvido
Le vétéran de Ranedo et le nom de son jardin : Forêt rouge.
Au fil de son parcours le long du Curueño, Llamazares parle avec un ancien membre de la Division bleue dont la maison porte un nom russe. Le lieu, son parcours et l’enseigne permettent de rapprocher ce portrait d’Alfredo González Díez.
Les indices qui mènent à Alfredo
Le personnage vit à Ranedo, est un militaire retraité et vétéran de la Division bleue, et montre au voyageur une enseigne qu’il traduit par « Forêt rouge ». La biographie familiale d’Alfredo et la photographie de sa maison présentent ces mêmes caractéristiques.
Cette identification est très probable, bien que Llamazares ne donne pas son nom. La photographie atteste la présence de l’enseigne « KRASNYJ BOR / ROJO BOSQUE » à l’entrée du jardin. La date du cliché n’a pas été établie.

La fronda del Bosque Rojo
Extrait de la rencontre avec le vétéran, de son apparition sur le chemin à la traduction de l’enseigne. Le récit passe ensuite à un autre voisin, Basilio Sierra.
Le voyageur, pourtant, a été aperçu depuis un bon moment. À l’entrée du village, au bout de la montée, un homme l’attend au milieu du chemin.
« Alors ? En promenade ? » lui demande-t-il.
« Cela dépend de la façon dont on voit les choses », dit le voyageur, essoufflé par l’effort.
L’homme le regarde sans la moindre discrétion. Militaire à la retraite, survivant de la Division bleue, il a gravi, dit-il, bien des côtes dans sa vie ; c’est pourquoi il le regarde maintenant sans aucune retenue ni considération.
« À votre âge, le réprimande-t-il, je montais cette côte à cloche-pied, avec deux sacs à dos comme le vôtre. »
Et, pour le lui prouver, il lui raconte quelques-unes des longues marches qu’il aurait dû faire dans la neige et les tempêtes, pendant ses années héroïques dans la Division bleue :
« Une fois, nous avons marché soixante kilomètres en une seule nuit. Une autre fois, nous sommes allés de Berlin à la frontière en vingt-quatre heures. Mais le pire, dit-il, c’est quand nous sommes entrés en Russie. Toujours à marcher dans la neige, par vingt ou trente degrés au-dessous de zéro : même pour dormir, rendez-vous compte de ce que je vous dis, il fallait continuer à marcher pour ne pas mourir de froid. »
« Eh bien, quelle chance », dit le voyageur, qui aimerait surtout savoir ce qui est écrit en lettres rouges sur une planche au-dessus de la porte du jardin.
« C’est en russe », précise le vétéran de la Division bleue, remarquant sa curiosité.
« En russe ? »
« En russe, oui, monsieur. »
« Et qu’est-ce que cela veut dire ? » demande le voyageur, dont l’étonnement a grandi au même rythme que la satisfaction du vétéran de la Division bleue.
« “Forêt rouge” », répond-il, fier de ses connaissances.
El puente de Valdepiélago
Le début de la section revient sur le personnage et fait du nom de sa maison une image du paysage au crépuscule.
Le soir tombe lorsque le voyageur quitte Ranedo, laissant le vieux maire plongé dans ses souvenirs de chasse et le vétéran de la Division bleue planté au milieu du chemin, attendant qu’un autre voyageur monte la côte pour lui raconter ses exploits militaires et traduire le nom de sa maison du russe en espagnol. Le vétéran a raison. Peut-être sans le savoir, il a su résumer en deux mots ce qui prendra demain au voyageur une page entière de son carnet : sur les montagnes d’Aviados, le soleil se couche et ses derniers rayons traversent la vallée, embrasant les arbres et transformant le village entier en une immense forêt rouge.
À la sortie de Ranedo, face à l’ermitage de San Roque, le saint patron du village, plusieurs enfants jouent au football dans un pré, totalement indifférents à la beauté de l’embrasement. Comme toute bonne rencontre entre voisins, le match a déjà son propre feu. Pour l’instant, Ranedo mène sept à cinq contre Valdepiélago, et tout laisse penser que la rencontre se terminera en bagarre :
La terraza de la fonda Orejas
En rédigeant ses notes, le voyageur se souvient à nouveau du vétéran parmi les personnes rencontrées.
Lorsqu’il termine son café, le voyageur allume une cigarette et sort son carnet pour prendre quelques notes pendant qu’il digère son petit déjeuner. Depuis hier matin à Casa Chana, il n’avait pas eu le temps de le faire. Mais, assis dans le coin de la terrasse, à l’ombre des tilleuls plantés il y a un siècle par le grand-père de l’actuelle propriétaire, il se concentre sans peine. Peu à peu, son carnet se peuple des propriétaires de La Dama de Arintero, du Señorito de Otero, du vétéran de la Division bleue, de Basilio Sierra, de Domingo l’enfant de l’hospice, de tante Lina, de Goro l’aveugle, de Florencio, de Quitapenas, d’Ovidio et de sa lanterne et, bien sûr, des lavandières d’Aviados et du contrôleur du train charbonnier. Comme dans les contes pour enfants, les personnages croisés hier en chemin — et ceux qu’il a simplement cru voir dans son sommeil — reprennent vie et sautent de ses yeux au carnet, puis du carnet aux acacias et aux chaises. Le voyageur n’est donc plus seul sur la terrasse avec les chats. Bien que les estivants soient encore au lit et que madame Magdalena soit allée préparer leur petit déjeuner à la cuisine, il n’est pas seul : outre les chats, les personnages rencontrés hier et ceux entrevus dans son sommeil reviennent lui tenir compagnie dans le coin de la terrasse où il écrit maintenant, enveloppé de fumée et bercé par l’ombre des tilleuls plantés il y a un siècle par le grand-père de Magdalena…
Le même nom dans Alegres soldados
Dans les notes du chapitre XXIV, « Tangos », Alfredo écrit « Krasnyj Bor. Красный Бор » et en explique le sens : « En espagnol, Forêt rouge ». Cette équivalence relie l’enseigne de la photographie à la conversation racontée par Llamazares.
Consulter le chapitre XXIV, page 7 →
Alfredo cite aussi Llamazares
Au chapitre XXXV, « Les femmes dans la guerre », les notes sur la Dame d’Arintero comprennent cette référence :
Rivière Curueño, « Río del olvido », livre de Julio LLAMAZARES, auteur de « El techo del mundo », dont les extérieurs ont été tournés dans les montagnes du Haut Curueño.
La Dame d’Arintero et la mémoire des villages du Curueño sont d’autres liens entre les deux livres. Cette citation atteste qu’Alfredo mentionne l’œuvre ; elle ne prouve pas à elle seule l’identité du personnage.
Consulter le chapitre XXXV, page 9 →
Les pages indiquées correspondent à leur position dans le fichier de chaque chapitre, et non à la pagination imprimée.

Julio Llamazares
El río del olvido
Publié initialement en 1990. Le texte consulté comprend la préface de la réédition de 2006 et évoque le voyage effectué en 1981.
La fiche officielle de Penguin Libros présente la couverture, le résumé et les options de lecture de l’édition numérique, ISBN 9788420498539.